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Il devait faire plus de 30 degrés à la place Shamrock, en bordure du marché Jean-Talon, lorsque j’ai rencontré Olivier Demers-Dubé et Émilie Nollet, les deux entrepreneurs en agriculture urbaine à l’origine de la première ferme verticale en aquaponie du Québec. Nous nous sommes installés sur une balançoire, à l’ombre d’un arbre, pendant que l’illustratrice Cathon s’affairait à orner la ferme de poissons et de plantes.

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Histoire d’amour professionnel

L’entreprise ÉAU, pour Écosystèmes Alimentaires Urbains, est née il y a un peu plus de deux ans maintenant, d’un amour commun de l’environnement, de l’agriculture et des écosystèmes. « On s’est daté professionnellement… PROFESSIONNELLEMENT », me dit Olivier. « Oui, professionnellement. Professionnellement. S’asseoir pour déterminer si on a les mêmes valeurs, si on peut se faire confiance. Même à travers les moments les plus difficiles, comment on fait pour continuer à bien s’entendre ? C’est à ça que ça sert le dating professionnel », ajoute Émilie.

Émilie s’intéresse à la lutte contre l’exclusion sociale des plus démunis. C’est d’ailleurs le sujet de son doctorat. Olivier, qui a une formation en enjeux sociaux et politiques du développement durable, a quant à lui eu le coup de foudre pour l’aquaponie lorsqu’il y a été exposé dans ses cours. Si le projet de ferme en aquaponie s’est imposé afin d’allier leurs passions, leur but avec ÉAU est de répondre à une lacune de nombreux projets en agriculture urbaine, soit celui de la rentabilité. « L’agriculture urbaine a un impact bien démontré sur l’environnement, le social, l’aménagement, mais pas nécessairement une viabilité économique. On veut démontrer que la ville est un lieu logique et viable pour faire de la production et de l’éducation alimentaires », m’explique Olivier.

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400 plantes, 540 poissons et des milliards de bactéries

« Bienvenue dans l’endroit le plus hot en ville. Plantes, eau fraîche, température constante, même en canicule », blague Olivier en entrant dans la ferme. Il y faisait effectivement frais comparativement à l’extérieur.

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Constituée de deux conteneurs superposés, la ferme verticale permet de produire une quantité assez impressionnante de nourriture sur une toute petite surface. Dans l’unité du bas se trouvent trois bassins contenant des tilapias. Ce sont des poissons omnivores assez résilients. Celle du haut, nommée l’unité de production végétale, accueille du basilic, des pensées, des fraises, des tomates, des concombres, du kale, de la bette à carde et bien d’autres espèces de plantes. « On sait que le prix au mètre carré est très élevé en ville, donc on travaille en verticalité, parce que c’est ce qui est le plus logique à faire en ville. Il y a 540 poissons et plus de 400 plantes qui sont produits sur une superficie de 3,2 m2. Ça devient très rentable », me lance Olivier.

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L’aquaponie n’est pas une nouvelle méthode de production des aliments, mais elle vit un regain de popularité, probablement à cause de son potentiel de production sur de petites surfaces. « On en parle rarement, mais les vraies superstars du système en aquaponie sont les bactéries », m’explique l’entrepreneur. À l’aide d’une pompe, l’eau circule des poissons aux plantes et vice-versa. Les poissons produisent des déchets, notamment de l’ammoniaque, qui leur est toxique. Grâce au travail des bactéries, cette ammoniaque est transformée en nitrites puis en nitrates, qui sont des nutriments bien assimilables par les plantes et qui sont moins toxiques pour les poissons.

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Un but d’éducation alimentaire

Selon Olivier, ramener l’agriculture en ville rend la production alimentaire plus tangible. « Ça génère beaucoup de questions. Pas parce que l’agriculture c’est nouveau, mais parce que l’agriculture est redevenue proche. C’est quoi le substrat utilisé ? Quels sont les intrants ? C’est quoi les nutriments ? Combien de temps ça prend pour pousser ? Quelles sont les espèces ? Ce sont de très bonnes questions qu’on devrait se poser dans toute forme d’agriculture. »

Émilie est assez claire : ils ne vendront pas ce qui sera produit par la ferme cet été. « On ne peut pas faire de vente parce qu’on a vraiment un objectif d’éducation alimentaire. Une partie de la production ira à des partenaires locaux tels que la maisonnette des parents. On va faire des dégustations également. Une portion sera aussi réservée pour la production de semences. », me dit-elle en m’incitant à croquer dans une feuille de basilic.

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À moyen terme, les deux entrepreneurs désirent pousser le concept plus loin avec une ferme commerciale. En attendant, il sera possible de visiter la ferme tout l’été. Des activités seront organisées afin d’animer la place Shamrock. Des spécialistes viendront y parler d’agriculture, d’alimentation et d’environnement. J’y serai d’ailleurs le 2 juillet ! La page Facebook d’ÉAU présentera l’horaire des activités.


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