Une nouvelle étude sur les édulcorants artificiels a été publiée la semaine dernière dans la revue scientifique Nature. Depuis sa parution, je vois passer sur mon fil d’actualité des articles qui invitent à délaisser les édulcorants artificiels à cause de cette étude. Parce que je n’aime jamais les nouvelles alarmistes, voici quelques détails pour bien comprendre l’étude et ses implications.

Quelques mots sur l’étude

L’article publié indique les résultats de plusieurs expérimentations sur le même thème. Certains détails et résultats importants de ces expériences méritent d’être expliqués davantage.

  • Les chercheurs ont donné à des souris des solutions de saccharine (Hermesetas), de sucralose (Splenda), d’aspartame (Equal), de glucose, de sucrose ou d’eau. Les souris qui ont consommé les solutions d’édulcorants artificiels ont développé une intolérance au glucose. L’intolérance au glucose, c’est une difficulté du corps à métaboliser le glucose de façon adéquate. Souvent, c’est un signe que la personne est à risque de diabète. C’est avec la saccharine que l’intolérance au glucose a été la plus marquée. Pour cette raison, les autres expérimentations ont été effectuées avec cet édulcorant.
  • Les chercheurs ont ensuite nourri des souris avec de la nourriture contenant une concentration commerciale de saccharine ou avec de la nourriture « normale ». Les souris nourries à la saccharine ont développé une intolérance au glucose.
  • Les chercheurs ont ensuite donné des antibiotiques aux souris dans le but de « mettre à zéro » leur flore intestinale, tout en maintenant les régimes décrits. Après 4 semaines, aucune des souris n’était intolérante au glucose. C’est donc que la flore intestinale joue un rôle sur le métabolisme du glucose et que la saccharine modifie la flore intestinale.
  • En terminant, les chercheurs ont donné à sept humains en santé qui ne consommaient pas déjà d’édulcorants, la dose maximale acceptable de saccharine pendant 6 jours. En 6 jours, 4 des 7 participants ont développé une intolérance au glucose. En analysant la flore intestinale de ces 4 personnes comparativement aux 3 qui n’ont eu aucun effet, les chercheurs ont observé que les flores intestinales de ces 2 groupes étaient très différentes.

tl;dr : La saccharine aurait un impact sur la flore intestinale des souris et de certains humains, ce qui provoquerait une moins bonne utilisation du glucose chez les organismes affectés.

Alors, on laisse tomber les édulcorants?

Même si cette étude est vraiment intéressante, ce n’est pas suffisant pour dire que les édulcorants causent le diabète.

  • La plupart des expériences ont été effectuées avec la saccharine. Au Canada, cet édulcorant avait été retiré des aliments en 1970 mais a de nouveau été introduite en 2014.
  • Les résultats ont été observés chez des souris et sur sept humains, dont la moitié n’a eu aucun effet. Il faut des résultats chez des centaines, voire des milliers de personnes avant de tirer des recommandations.

Ceci étant dit, je ne recommande jamais de se tourner vers les édulcorants. Le but de ces produits est de diminuer les calories ingérées et d’aider à contrôler le diabète en remplaçant le sucre. Toutefois :

  • L’Academy of nutrition and dietetics a conclu en 2012 que très peu d’études de qualité chez les humains ont réussi à prouver que les édulcorants artificiels aident la perte de poids ou offrent un effet intéressant sur la glycémie pour aider les diabétiques.
  • De même l’American Heart Association et l’American Diabetes Association affirment qu’il n’y a aucune preuve convaincante de l’utilité des édulcorants artificiels dans le contrôle du poids ou de la glycémie.

Ma petite conclusion

Les édulcorants artificiels sont probablement sécuritaires pour la santé humaine dans les doses où ils sont consommés. Comme toujours, ce ne sont pas seulement les ingrédients qu’il faut regarder, mais plutôt les aliments dans lesquels ils sont ajoutés. Boissons gazeuses, biscuits, céréales à déjeuner, gommes à mâcher, bonbons… Ce sont des aliments transformés qui ne devraient pas constituer la base de votre alimentation. Vaut mieux donc apprendre à consommer moins souvent de ces aliments et de manger leur version « sucrée naturellement », plutôt que de se faire croire que c’est un meilleur choix parce qu’ils fournissent moins de calories!

Academy of nutrition and dietetics. Position of the Academy of Nutrition and Dietetics : Use of nutritive and nonnutritive sweetners. Journal of the academy of nutrition and dietetics 2012;112:739-758

Gardner C., Wylie-Rosett J. et coll. Nonnutritive sweeteners: Current use and health perpectives – A scientific statement from the American Heart Association and the American Diabetes Association. Diabetes Care 2012;35:1798-1808

Suez J., Korem T., Zeevi D., Zilberman-Schapira G. et coll. Artificial sweeteners induce glucose intolerance by altering the gut microbiota. Nature 2014

Extenso. Les substituts du sucre à la loupe. [EN LIGNE ] http://www.extenso.org/article/les-substituts-du-sucre-a-la-loupe/ (Page consultée le 22 septembre 2014)

Santé Canada. Saccharine. [EN LIGNE ]http://www.hc-sc.gc.ca/fn-an/securit/addit/sweeten-edulcor/saccharin-fra.php (Page consultée le 22 septembre 2014)


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