Je ne sais pas trop ce qui s’est passé dans les derniers mois, mais j’ai reçu des tonnes de questions sur le jeûne. Plusieurs me disent avoir entendu que c’était bon pour la santé, mais ne savent pas trop si c’est vrai. Une des raisons qui pourrait expliquer cette nouvelle vague d’enthousiasme, c’est que la communauté scientifique se penche de plus en plus sur cette pratique alimentaire. Et effectivement, certains croient qu’elle pourrait amener des bénéfices à la santé.

Donc, est-ce que c’est le temps d’intégrer le jeûne à vos habitudes de vie ?

Ça veut dire quoi, jeûner ?

Premièrement, il n’y a pas de façon unique de pratiquer le jeûne. Le jeûne prolongé est une forme de jeûne qui s’étend sur plusieurs jours consécutifs. De l’autre côté, on trouve le jeûne intermittent, qui est celui le plus à la mode présentement. Dans ce cas-ci, les pratiquants vont jeûner pendant un certain nombre d’heures tous les jours (ex. entre 20 h et midi) ou en entrecoupant une journée de jeûne avec des journées où ils mangent normalement. (ex. 2 jours de jeûne par semaine)

Lors des jours de jeûne, certaines personnes mangent quand même un peu, mais de très petites quantités de calories comparativement à ce qu’ils devraient consommer pour répondre aux besoins de leur corps.

Oui, le jeûne est efficace… si vous êtes une souris

La plupart des études effectuées jusqu’à présent se sont penchées sur les animaux. C’est normal. Il s’agit généralement de la première étape avant de se tourner vers les humains. Je pense toutefois que je ne le répéterai jamais assez : les résultats obtenus sur des animaux ne peuvent pas être transposés à nous. Ce n’est pas parce que ça fonctionne sur une souris que ça fonctionne sur un humain.

Malgré tout, les données semblent prometteuses. Chez les animaux, jeûner pourrait aider à prévenir la progression de maladies comme le diabète, les maladies cardiovasculaires, le cancer et des désordres neurologiques comme la maladie d’Alzheimer. Ça vaut donc peut-être la peine d’investiguer davantage.

Ce qui devrait vous exciter le plus, ce sont les études sur les humains. Et de ce côté, elles commencent à se multiplier. On a par exemple testé son efficacité pour la perte de poids, la diminution du taux de cholestérol et le maintien de la glycémie. Résultat : on croit que le jeûne intermittent s’avère aussi efficace que de réduire le nombre de calories totales au quotidien. Par contre, ces études sont souvent effectuées sur des petits groupes de personnes et à court terme.

Jeûner, la nouvelle diète ?

On sait que le Nord-Américain moyen mange plus de calories que ce qui est nécessaire et la surconsommation d’aliments est associée à un surplus de poids, à l’obésité, au diabète et aux maladies cardiovasculaires.

Quand on jeûne, on mange moins et c’est probablement une des raisons expliquant les potentiels bénéfices de cette pratique.

Plutôt que de manger moins chaque jour, certains préfèrent continuer à manger comme ils le veulent, puis se priver pendant un certain temps. On s’entend que c’est loin d’être un concept nouveau. L’industrie des régimes amaigrissants l’utilise depuis des décennies.

Mais il y a aussi un autre point assez important à souligner par rapport aux études qui démontrent des effets positifs au jeûne. Souvent, les participants sont pris en charge par une équipe de professionnels de la santé et ils reçoivent des conseils pour « bien manger » pendant les périodes hors jeûne. Donc ce n’est pas juste pendant ces journées, mais bien au quotidien que la façon dont ils s’alimentent est modifiée. C’est une distinction assez importante à mon avis. Si vous vous fiez au jeûne pour vous « donner le droit » de manger des aliments ultra-transformés le reste du temps, vous ne serez probablement pas plus avancés.

Est-ce que c’est le fun vous restreindre ?

L’autre gros bémol que j’ai par rapport au jeûne est son impact sur la relation qu’entretiennent les pratiquants envers leur corps et les aliments. Pour beaucoup de gens, l’alimentation est un combat de tous les jours et trouver la balance pour être bien dans son corps et dans sa tête semble être une quête éternelle.

Il me semble risqué d’accentuer une préoccupation excessive à l’égard du poids ou de la santé en encourageant des gens à suivre des cycles de jeûne. Ça les conforte dans une pratique restrictive. Oui, pour certains, ça peut être sécurisant de s’imposer ce genre de cadre alimentaire avec des règles strictes, mais la réalité, c’est qu’il n’est pas nécessaire de se priver de manger pour être en santé.

En plus, le fait d’avoir des règles externes qui nous dictent comment manger nous déconnecte des signaux de faim et de satiété envoyés par notre corps. Pourtant, il est bien capable de nous dire comment combler nos besoins.

J’ai faim. Mon corps a besoin d’énergie.

Je n’ai plus faim. J’arrête de manger.

Simple de même.

Alors, on jeûne ou pas ?

Personnellement, je trouve qu’il est encore trop tôt pour commencer à recommander aux gens de jeûner afin d’améliorer leur santé. Peut-être que ma position changera dans le futur si de nouvelles études viennent montrer des bénéfices supérieurs dans certains cas particuliers, par exemple pour traiter des maladies. Mais manger ne fait pas que combler des besoins en énergie et en nutriments. Ça répond à un éventail de besoins sur les plans psychologique et social. Et pour le moment, il existe déjà des solutions pour bien manger sans avoir à se restreindre, notamment en réapprenant à écouter notre corps plutôt que de nous imposer, encore une fois, de nouvelles règles.

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