J’ai eu le déplaisir d’entendre et de lire des tonnes d’inepties à l’égard de l’étude PURE, publiée la semaine dernière dans le prestigieux journal scientifique The Lancet. Celle-ci est présentée dans les médias comme la recherche venue bouleverser tous les fondements de la nutrition, au grand dam des nutritionnistes, ces charlatans qui ont toujours tout faux! À en croire certains animateurs de la radio de Québec, mes collègues et moi devrions frissonner de peur que nos recommandations, basées sur l’astrologie et les partenariats avec l’industrie, ne soient ébranlées par la vraie science PURE. Personnellement, je préfère le tarot.

À l’ère des fake news, les théories du complot ont la cote.

Pourtant, PURE n’offre rien de spectaculaire. Ce n’est pas une mauvaise étude en soi, mais comme les milliers d’autres qui sont publiées chaque année, elle possède des forces et des lacunes. Alors, pourquoi elle plutôt qu’une autre? À mon avis, trois facteurs lui ont permis d’être propulsée ainsi.

  • Elle a un petit nom cute et accrocheur. C’est plus facile de parler de PURE que de dire « la nouvelle étude en nutrition publiée dans le journal The Lancet».
  • Les chercheurs se sont assurés d’inscrire, dans le titre, que les résultats provenaient « de 18 pays sur cinq continents ». Ça fait sérieux.
  • Les auteurs concluent en demandant carrément que les recommandations alimentaires actuelles soient revues. La controverse, ça fait parler.

L’étude a rassemblé les données de plus de 135 000 personnes et a tenté de trouver des liens entre l’alimentation des participants et les risques de mortalité et de maladies cardiovasculaires. En résumé, les chercheurs ont conclu que la consommation élevée de glucides était associée à de plus grands risques de mortalité. Au contraire, ceux qui mangeaient le plus de gras semblaient diminuer ces risques. En quelques raccourcis faciles, les médias en ont ainsi conclu que les glucides sont mauvais et que le gras est bon…

Bien évidemment, la réalité est moins coupée au couteau que ce genre d’énoncés.

Ce qu’on ne vous a pas dit sur PURE

Premièrement, les chercheurs ont observé des associations entre ce que les gens mangeaient et les risques de mortalité et de maladies cardiovasculaires. Une association ne permet pas de prouver que l’un est la cause de l’autre. Il peut très bien y avoir d’autres facteurs qui sont responsables de ce que les chercheurs ont observé.

Quand vous lisez une étude en nutrition, demandez-vous toujours comment les chercheurs ont déterminé ce que les gens mangeaient. Ce n’est pas une tâche facile. Dans ce cas-ci, les participants ont rempli un questionnaire de fréquence au début de l’étude. On leur présentait donc une liste d’aliments, ou de catégories d’aliments, et ils devaient dire combien de fois par jour/semaine/mois ils en consommaient. Vous serez d’accord avec moi que cela peut changer d’une semaine à l’autre, non? Mais bon, c’est une limite fréquente des études en nutrition et on doit vivre avec. Cela étant dit, les participants ont été suivis entre 5 et 9 ans. Oui, oui, vous avez bien compris… On leur a demandé une seule fois ce qu’ils mangeaient, au départ, et on a estimé qu’ils se nourrissaient de façon identique jusqu’à 9 ans plus tard.

Les chercheurs ont, par la suite, transformé les aliments en nutriments. Ils comparaient ainsi les glucides, les lipides et les protéines. La réalité, c’est que dans la vie, on ne mange pas des nutriments purs, mais des aliments. Avec ce genre d’analyse, on met sur un pied d’égalité les glucides qui proviennent de l’orange, du jus d’orange et du chocolat à saveur d’orange. Pourtant, on sait que les aliments ultra-transformés n’ont pas du tout le même impact sur la santé que ceux qui sont frais et minimalement transformés. Si les glucides que vous mangez proviennent en majorité de fruits, de légumes, de légumineuses et de céréales entières, on s’entend que vous êtes probablement en meilleure posture que s’ils proviennent de boissons gazeuses, de biscuits et de gâteaux. Cette étude ne laisse pas de place à cette nuance.

Certaines personnes ont effectué un rapprochement erroné en déclarant que les résultats de cette recherche appuient l’alimentation low-carb high-fat (LCHF). Celle-ci, qui est très populaire présentement, joue dans la même cour que bien des régimes qui recommandent aux pratiquants de couper massivement les glucides pour perdre du poids rapidement. Pourtant, dans l’étude, ceux qui consommaient le moins de glucides obtenaient tout de même, en moyenne, presque 50% de leurs calories sous cette forme. Or, l’alimentation LCHF comprend beaucoup moins de glucides que ce que les chercheurs de PURE ont évalué. Ces derniers écrivent d’ailleurs noir sur blanc, à la fin de leur article, que les résultats de cette étude ne supportent pas l’adoption de diètes très faibles en glucides.

Comme quoi on voit bien ce qu’on veut voir.

Il est temps d’avoir une vision globale

On a déjà essayé la guerre contre les protéines, les glucides et le gras, les uns après les autres, depuis leur découverte. Et jusqu’à présent, les seules personnes qui ont réussi à bénéficier de ces croisades sont les promoteurs de régimes miracles et l’industrie alimentaire qui développe des produits “faible en XXXX”. Pas les consommateurs.

Je ne le répéterai jamais assez : une seule étude ne permet pas de modifier les recommandations nutritionnelles. Les chercheurs lancent une piste qui méritera certainement d’être explorée, mais mon petit doigt me dit que dès qu’on analysera des données similaires en fonction du degré de transformation des aliments, cette association disparaîtra.

S’il y a une chose à tirer de l’histoire PURE, c’est qu’il est grand temps que les médias réalisent la responsabilité qu’ils portent de présenter ce genre de nouvelles dans un contexte plus global. Le sensationnalisme a peut-être sa place quand on écrit sur Kim, Kylie ou Khloe, mais pas quand on parle de science.

Dehghan M. et coll. Associations of fats and carbohydrate intake with cardiovascular disease and mortality in 18 countries from five continents (PURE): a prospective cohort study. The Lancet 2017


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